La Réunion s’impose comme l’une des destinations de randonnée les plus prestigieuses au monde, notamment grâce à son réseau de sentiers de Grande Randonnée exceptionnels. Le GR R2, surnommé la Traversée de l’île de La Réunion, constitue l’itinéraire le plus emblématique de ce territoire français d’outre-mer. Ce parcours mythique de 143 kilomètres traverse l’île du nord au sud, offrant aux randonneurs une expérience unique à travers des paysages d’une diversité saisissante. Des cirques grandioses aux volcans actifs, en passant par les forêts primaires et les formations géologiques remarquables, cette traversée représente un défi technique et physique de premier plan. L’itinéraire cumule près de 9 100 mètres de dénivelé positif et négatif, traversant tous les écosystèmes endémiques de l’île intense.

Cartographie détaillée du GR R2 : tracé officiel et variantes du tour de la réunion

Le tracé officiel du GR R2 s’étend sur 143 kilomètres entre Saint-Denis au nord et Saint-Philippe au sud-est de l’île. Cette traversée intégrale permet de découvrir l’ensemble des formations géologiques remarquables de La Réunion, des hautes plaines aux cirques escarpés. L’itinéraire principal suit un parcours soigneusement étudié qui optimise la découverte des sites naturels les plus spectaculaires tout en respectant les contraintes topographiques du terrain volcanique.

Balisage FFRP et signalétique spécifique aux sentiers réunionnais

La Fédération Française de Randonnée Pédestre assure un balisage rigoureux du GR R2 selon les standards nationaux. Les marques rouge et blanc caractéristiques des Grandes Randonnées jalonnent l’ensemble du parcours, complétées par une signalétique adaptée aux spécificités tropicales. Les balises résistent aux conditions climatiques extrêmes de l’île, notamment aux cyclones et à l’humidité constante des forêts primaires. La maintenance régulière de ce balisage mobilise les équipes locales de la FFRP Réunion, qui interviennent fréquemment pour assurer la lisibilité du parcours malgré la croissance rapide de la végétation tropicale.

Points de départ alternatifs : Saint-Denis, Saint-Paul et Sainte-Rose

Bien que Saint-Denis constitue le point de départ traditionnel du GR R2, plusieurs alternatives permettent d’adapter l’itinéraire selon les objectifs de chaque randonneur. Saint-Paul offre un accès privilégié vers le cirque de Mafate, permettant une immersion directe dans l’univers des îlets isolés. Cette variante réduit la distance totale de près de 25 kilomètres tout en conservant les passages les plus spectaculaires. Sainte-Rose représente un point d’entrée stratégique pour les randonneurs souhaitant débuter par la découverte du volcan du Piton de la Fournaise, inversant ainsi la logique traditionnelle de la traversée.

Raccordements avec le GR R1 et les sentiers locaux

Le réseau des sentiers de Grande Randonnée réunionnais s’articule autour de multiples interconnexions stratégiques. Le GR R2 croise le GR R1 (Tour du Piton des Neiges) au niveau du refuge de la Caverne Dufour, offrant des possibilités d’extension vers l’ascension du point culminant de l’océan Indien. Ces raccordements

avec le réseau de sentiers locaux permettent également de rejoindre facilement les autres cirques (Salazie, Cilaos) ou de créer des boucles de 3 à 6 jours. Plusieurs sentiers communaux ou gérés par l’ONF offrent des variantes intéressantes, par exemple pour accéder à la Roche Écrite depuis le Brûlé, ou pour relier la Plaine des Cafres à la Plaine des Palmistes. Ces liaisons sont particulièrement utiles si tu souhaites fractionner le GR R2 en tronçons plus courts ou bâtir ton propre “tour de la Réunion” sur mesure.

Distances kilométriques et temps de marche par tronçon

Sur le tracé officiel, le GR R2 est classiquement découpé en 10 à 12 étapes, pour un total d’environ 140 à 155 kilomètres selon les variantes (Roche Écrite, Piton des Neiges, Piton de la Fournaise). Les distances journalières varient de 8 à 24 km, mais ce sont surtout les dénivelés et la technicité des sentiers qui déterminent la durée réelle de marche. À La Réunion, une étape de 12 km peut demander autant d’efforts qu’une sortie de 25 km en métropole.

À titre indicatif, voici un tableau synthétique de quelques tronçons emblématiques du GR R2, avec des temps de marche moyens pour un randonneur correctement entraîné, chargé entre 10 et 15 kg :

Tronçon Distance approx. Dénivelé + / – Temps moyen
Saint-Denis (Providence) – Plaine des Chicots 13–15 km + 1 700 à 1 800 m / 0 m 5 à 7 h
Plaine des Chicots – Dos d’Âne (via Roche Écrite) 15–17 km + 400 à 600 m / – 1 300 m 5 à 7 h
Dos d’Âne – Deux Bras – Aurère 14–16 km + 900 à 1 000 m / – 900 à 1 000 m 5 à 7 h
Grand-Place – Roche Plate 10–12 km + 1 100 m / – 900 m 5 à 6 h
Marla – Cilaos (par le col du Taïbit) 10–12 km + 600 m / – 1 000 m 4 h 30 à 6 h
Caverne Dufour – sommet du Piton des Neiges – Bourg-Murat 18–24 km + 600 m / – 1 700 m 7 à 9 h
Bourg-Murat – Gîte du Volcan 17–20 km + 900 à 1 000 m / – 200 à 300 m 6 à 8 h
Gîte du Volcan – Basse Vallée 22–23 km + 100 m / – 2 100 à 2 300 m 6 à 8 h

Ces chiffres sont des moyennes : en saison humide, ou avec un sac très chargé, il est prudent d’ajouter 20 à 30 % de marge. Pour construire ton propre découpage, garde en tête qu’une journée type sur le GR R2 se situe souvent entre 5 et 8 heures de marche effective, hors pauses.

Profil altimétrique et classification technique des étapes du GR R2

Dénivelés cumulés entre le littoral et les hauts de l’île

La grande traversée de la Réunion alterne sans cesse entre littoral, remparts vertigineux et plateaux d’altitude. Entre Saint-Denis (environ 50 m) et le Piton des Neiges (3 070 m), puis jusqu’à Basse Vallée (environ 300 m), le GR R2 cumule près de 9 000 à 10 000 m de dénivelé positif et autant de négatif. Autrement dit, en parcourant l’itinéraire intégral, tu gravis quasiment l’équivalent de la face nord de l’Everest… mais en plusieurs jours.

Les premiers jours concentrent généralement l’un des plus gros efforts verticaux, avec la longue montée depuis la Providence ou le Brûlé vers la Plaine des Chicots puis, en option, le sommet de la Roche Écrite. Ensuite, le profil s’apparente à une succession de montagnes russes entre Mafate et Cilaos : chaque cirque impose de plonger profondément dans les ravines avant de remonter sur un nouvel îlet perché. Sur la fin du parcours, la montée régulière vers la Plaine des Cafres et le Volcan cède la place à une descente marathon de plus de 2 000 m vers le “Sud sauvage”.

Dans ce contexte, la classification technique des étapes repose à la fois sur le dénivelé, l’altitude et la nature du terrain (boue, roches volcaniques, marches taillées). Un randonneur habitué aux longues randonnées alpines trouvera l’effort comparable, mais souvent plus exigeant en raison de la chaleur et de l’humidité. D’où l’intérêt d’adapter ton plan d’étapes à ton niveau et de prévoir une à deux journées “tampons” si tu vises le GR R2 intégral.

Passages techniques : roche verre bouteille et sentier littoral sud

Si la majorité du GR R2 reste un itinéraire de randonnée pédestre balisé, plusieurs tronçons présentent un caractère plus technique. Parmi les passages réputés, on peut citer la zone de Roche Verre Bouteille, située sur certains accès au cirque de Mafate (hors tracé strict du GR R2, mais parfois empruntée en variante). Ce secteur se caractérise par des pentes raides, des dalles rocheuses parfois glissantes et quelques passages équipés, qui exigent un bon pied montagnard et l’absence de vertige prononcé.

En fin de traversée, le Sentier Littoral Sud, qui prolonge parfois l’itinéraire officiel vers la côte basalteuse de Saint-Philippe, peut également demander de la vigilance. Les marches irrégulières taillées dans la lave, les racines et les zones potentiellement boueuses après les pluies imposent d’avancer prudemment, surtout avec la fatigue accumulée. Ce n’est pas de l’alpinisme, bien sûr, mais tu ne marches plus sur une simple promenade littorale : le relief reste marqué, même au bord de l’océan.

Dans ces sections, les bâtons de randonnée, des semelles bien crantées et une bonne gestion de l’allure font la différence. Plutôt que de chercher à “grappiller” du temps, il est souvent plus rentable – et plus sûr – de ralentir légèrement, surtout si le sol est détrempé ou si la luminosité baisse.

Zones d’exposition au vide et équipements de sécurité

Le GR R2 évolue fréquemment à proximité de remparts escarpés et de gorges profondes. Certaines portions des crêtes dominant Mafate, ou les abords du col du Taïbit, offrent des points de vue spectaculaires… et parfois un certain sentiment de vide. L’itinéraire officiel limite toutefois l’exposition : les passages vraiment aériens sont rares et généralement bien sécurisés. Là où le sentier se rapproche des à-pics, le tracé reste suffisamment large pour que tu puisses progresser sans sensation de “terrain engagé”, à condition de rester concentré.

En cas de besoin, quelques zones sont équipées de marches, de mains courantes ou de petits garde-corps, notamment sur les sentiers très fréquentés ou sujets à l’érosion. Ces aménagements ne transforment pas le GR R2 en via ferrata, mais ils facilitent nettement la progression par temps humide. Il n’est pas nécessaire d’emporter du matériel spécifique de type baudrier ou casque pour l’itinéraire normal : une paire de bâtons télescopiques, une lampe frontale fiable et une veste imperméable bien ajustée constituent l’essentiel de la “sécurité active” sur ce parcours.

Le véritable enjeu de sécurité tient davantage à la gestion de la fatigue et de la météo qu’à la présence de passages techniques. Marcher de nuit hors lever de soleil au Piton des Neiges, courir pour rattraper un retard ou s’engager dans une descente raide après un orage sont autant de situations à éviter. Un bon adage à garder en tête ? Sur le GR R2, c’est le rythme qui s’adapte à la montagne, jamais l’inverse.

Conditions météorologiques spécifiques aux microclimats réunionnais

La Réunion est un véritable laboratoire de microclimats. Sur une même étape du GR R2, tu peux passer d’une chaleur tropicale humide à 30 °C en fond de ravine à une fraîcheur quasi hivernale proche de 0 °C au sommet du Piton des Neiges. Les alizés d’est apportent des paquets nuageux qui s’accrochent aux remparts, provoquant des averses soudaines, alors que le versant sous le vent reste parfaitement sec. C’est ce contraste permanent qui fait la richesse – mais aussi la difficulté – de la traversée intégrale de l’île.

De manière générale, les matinées sont les plus propices à la marche : ciel souvent dégagé, températures plus douces, sentiers moins glissants. À partir de la fin de matinée, les nuages remontent rapidement dans les cirques et sur les reliefs, réduisant la visibilité et augmentant le risque de pluie, surtout entre décembre et avril. En hiver austral (mai à novembre), les précipitations diminuent, mais les nuits en altitude peuvent devenir franchement froides, avec des températures proches de 0 °C au refuge de la Caverne Dufour ou au Gîte du Volcan.

Pour anticiper au mieux ces microclimats, il est indispensable de consulter la météo locale (Météo-France Réunion, sites spécialisés volcan, carte des sentiers ouverts de l’ONF) avant et pendant le trek. Emporter une couche chaude, une vraie protection imperméable et de quoi protéger ton sac (housse, sacs étanches internes) est non négociable sur le GR R2, même si la veille du départ le soleil brille sur les plages de l’Ouest.

Traversée des écosystèmes endémiques : forêt primaire et formations géologiques

Marcher sur le GR R2, c’est traverser en quelques jours une mosaïque d’écosystèmes que d’autres mettraient des semaines à explorer. Depuis les bas littoraux jusqu’aux hautes plaines en passant par les cirques et les remparts, le sentier coupe littéralement à travers le gradient altitudinal de l’île. Tu passes ainsi des filaos des côtes aux forêts de cryptomerias, des prairies d’altitude aux étendues lunaires de la Plaine des Sables, puis aux coulées de lave figées du Piton de la Fournaise.

Les forêts primaires de la Réunion – notamment dans les secteurs de Bélouve – Bébour, de la Roche Écrite ou de certains remparts de Mafate – abritent une flore remarquablement riche et endémique. Tamarin des Hauts, fougères arborescentes, bois de couleur, orchidées sauvages : ces espèces ont évolué en relative isolation, donnant à la végétation une allure presque “préhistorique”. Traverser ces forêts brumeuses au petit matin, avec la lumière qui filtre entre les troncs moussus, procure souvent l’impression de marcher dans un décor de film.

Sur le plan géologique, le GR R2 offre une lecture grandeur nature de la construction de l’île. Le Piton des Neiges, volcan ancien aujourd’hui éteint, a donné naissance aux grands cirques par effondrement et érosion. Les remparts impressionnants de Mafate ou de Cilaos en sont les témoins spectaculaires. Plus à l’est, le Piton de la Fournaise illustre un volcanisme actif de type “point chaud” avec ses coulées basaltiques superposées, ses tunnels de lave et ses cratères récents. Chacun de ces paysages raconte une étape de la formation de la Réunion, comme autant de chapitres d’un manuel de géologie à ciel ouvert.

Conscients de cette richesse, les gestionnaires du Parc national de la Réunion ont mis en place des mesures de protection strictes : sentiers balisés, zones de quiétude, limitation du bivouac libre. En tant que randonneur, tu joues un rôle direct dans la préservation de ces écosystèmes. Rester sur les sentiers, ne pas cueillir plantes ou fleurs, emporter tous tes déchets (y compris organiques) et éviter le savon dans les cours d’eau sont de petits gestes qui, multipliés par des milliers de passages, font une grande différence.

Hébergements et ravitaillement sur le circuit du tour de la réunion

L’un des atouts majeurs du GR R2, c’est la densité et la diversité des hébergements disponibles tout au long du parcours. À la différence de certains grands treks alpins, tu n’es pas obligé de partir en totale autonomie avec plusieurs jours de nourriture sur le dos. Gîtes d’étape, chambres d’hôtes, petits hôtels de montagne, aires de bivouac officielles et, dans une moindre mesure, campings communaux jalonnent l’itinéraire, notamment dans Mafate, Cilaos, la Plaine des Cafres ou le secteur du Volcan.

Dans les cirques, les gîtes sont souvent tenus par des familles réunionnaises qui proposent la demi-pension : dîner créole (carry, rougail, riz, grains), nuit en dortoir ou en chambre, petit-déjeuner copieux. Cette formule permet de voyager plus léger et d’expérimenter une facette essentielle du GR R2 : l’accueil chaleureux et la convivialité des îlets. En contrepartie, il est indispensable de réserver plusieurs semaines, voire plusieurs mois à l’avance en haute saison (hiver austral, vacances scolaires), surtout pour des hébergements très demandés comme la Caverne Dufour ou le Gîte du Volcan.

Côté ravitaillement, de petits commerces et épiceries de montagne sont présents dans la majorité des îlets de Mafate (Aurère, Grand-Place, La Nouvelle, Marla), à Cilaos, à Bourg-Murat, ainsi que dans certains hameaux du Sud. Tu peux y trouver l’essentiel : pâtes, riz, conserves, biscuits, fromage, parfois des fruits et légumes frais, ainsi que de l’eau, des sodas et la fameuse bière locale. L’offre reste limitée et les prix un peu plus élevés qu’en ville, car tout arrive à pied ou en hélicoptère, mais cela suffit largement pour constituer 2 à 3 jours de vivres.

Pour optimiser ton sac, l’idéal est de ne jamais transporter plus de 2 à 3 repas d’avance, sauf sur certaines portions spécifiques (approche et sortie du Volcan, surtout si tu bivouaques et que tu évites le Gîte du Volcan). Une stratégie classique consiste à combiner : petit-déjeuner et dîner en gîte, déjeuner froid tiré du sac. En bivouac intégral, un réchaud léger, une popote compacte et des aliments à haute densité calorique (semoule, purées, fruits secs, oléagineux) te permettront de garder ton sac sous les 12–13 kg, ce qui change radicalement l’expérience sur un itinéraire aussi exigeant.

Périodes optimales et préparation physique pour le GR R2 intégral

Choisir la bonne période pour entreprendre le GR R2 est probablement l’une des décisions les plus importantes de ta préparation. Si, techniquement, la traversée de l’île est possible toute l’année, la saison des pluies (été austral, de décembre à avril) apporte son lot de contraintes : fortes chaleurs, averses soudaines, cyclones potentiels, sentiers boueux et parfois fermés pour cause d’éboulis. Entre janvier et mars, il n’est pas rare que certaines sections soient temporairement impraticables, obligeant à modifier ou interrompre le trek.

À l’inverse, l’hiver austral (de mai à novembre) offre des conditions généralement plus stables et plus sèches. Les mois de juin, juillet et août garantissent des températures agréables en journée, mais peuvent être franchement fraîches la nuit en altitude. Septembre, octobre et début novembre représentent souvent un excellent compromis : pluies encore limitées, journées plus longues et douceur relative en montagne. Plusieurs agences locales et topos considèrent d’ailleurs cette fenêtre comme la meilleure période pour faire le GR R2 intégral.

Sur le plan physique, la traversée complète de l’île s’adresse en priorité à des randonneurs déjà habitués aux efforts d’endurance. Être capable d’enchaîner plusieurs jours consécutifs avec 1 000 à 1 500 m de dénivelé positif, sur terrain irrégulier, est un prérequis. Une préparation de 8 à 12 semaines, combinant sorties en randonnée avec sac chargé, renforcement musculaire (cuisses, fessiers, gainage) et travail cardio (course, vélo, marche rapide), constitue une bonne base. L’idée n’est pas de devenir un ultra-traileur, mais d’arriver au départ avec un organisme prêt à encaisser les “montées interminables et descentes casse-genoux” si caractéristiques de la Réunion.

Enfin, n’oublie pas que la préparation ne se limite pas au physique. Tester ton matériel en amont (chaussures déjà rodées, sac ajusté, réglage des bâtons), apprendre à gérer ton hydratation et ta nutrition en climat chaud et humide, te familiariser avec la lecture de carte et l’utilisation d’une trace GPS font partie intégrante de la réussite du projet. En combinant bonne période, plan d’étapes réaliste et entraînement adapté, le GR R2 passe alors du statut de défi intimidant à celui de grande aventure accessible, à condition de respecter le rythme de l’île intense.