
Le tourisme représente aujourd’hui l’un des leviers les plus puissants pour dynamiser l’économie des territoires. Avec près de 1,4 milliard de touristes internationaux en 2024 et des recettes mondiales dépassant 1 600 milliards de dollars, ce secteur transforme profondément les réalités économiques locales. En France, première destination mondiale avec plus de 100 millions de visiteurs annuels, l’impact économique du tourisme génère 7,5% du PIB national et soutient plus de 2 millions d’emplois. Cette dynamique soulève des questions cruciales : comment mesurer précisément les retombées économiques territoriales ? Quels mécanismes permettent d’optimiser la création de valeur locale ? L’analyse des multiplicateurs économiques et des écosystèmes touristiques innovants révèle des enjeux stratégiques majeurs pour le développement territorial durable.
Mécanismes d’attraction touristique et multiplicateurs économiques territoriaux
Effet multiplicateur keynésien appliqué au secteur touristique local
L’effet multiplicateur keynésien dans le tourisme illustre comment chaque euro dépensé par un visiteur génère une cascade d’activités économiques sur le territoire. Ce phénomène s’explique par la circulation monétaire successive : l’hôtelier paie ses fournisseurs locaux, qui à leur tour rémunèrent leurs employés, créant ainsi un cercle vertueux économique. Les études menées par l’OCDE démontrent que le multiplicateur touristique français varie entre 1,4 et 2,1 selon les régions, signifiant qu’un euro touristique initial peut générer jusqu’à 2,10 euros d’activité économique totale.
Cette amplification dépend largement du coefficient de rétention territoriale, c’est-à-dire la capacité du territoire à conserver les flux financiers localement. Les destinations rurales affichent souvent des multiplicateurs plus élevés car les fuites économiques vers l’extérieur sont limitées. À l’inverse, les métropoles peuvent présenter des coefficients inférieurs en raison de chaînes d’approvisionnement plus globalisées. L’optimisation de cet effet nécessite une stratégie territoriale coordonnée privilégiant les circuits courts et l’économie de proximité.
Indices de spécialisation touristique et coefficients de localisation économique
L’indice de spécialisation touristique mesure la concentration relative de l’activité touristique sur un territoire par rapport à la moyenne nationale. Calculé selon la formule (emplois touristiques locaux / emplois totaux locaux) / (emplois touristiques nationaux / emplois totaux nationaux), cet indicateur révèle le degré de dépendance économique territoriale. Un indice supérieur à 1 indique une spécialisation marquée, comme observé dans les Alpes-Maritimes (indice de 1,8) ou en Corse (indice de 2,3).
Le coefficient de localisation économique complète cette analyse en évaluant la concentration spatiale des activités touristiques. Les territoires affichant des coefficients élevés bénéficient d’économies d’agglomération mais risquent une vulnérabilité accrue aux chocs externes. L’équilibre optimal nécessite une diversification progressive permettant de maintenir l’attractivité tout en réduisant la dépendance sectorielle. Cette approche stratégique guide les politiques d’aménagement territorial et d’investissement public.
Modélisation input-output des flux touristiques sur l’économie régionale
La
modélisation input-output permet de cartographier précisément ces interactions entre le tourisme et les autres secteurs économiques régionaux. En s’appuyant sur des matrices sectorielles (hébergement, restauration, transport, culture, BTP, agriculture, etc.), elle mesure les effets directs, indirects et induits des dépenses touristiques. Par exemple, une étude conduite en Auvergne‑Rhône‑Alpes montre que 100 euros dépensés dans l’hébergement génèrent en moyenne 160 à 180 euros de production totale lorsque l’on intègre les achats auprès des producteurs locaux, des transporteurs et des services culturels.
Concrètement, les comptes input-output régionaux permettent aux décideurs de simuler différents scénarios : ouverture d’un nouvel équipement touristique, montée en gamme de l’hôtellerie, développement d’un festival culturel, etc. Chaque scénario peut être testé en termes de valeur ajoutée, d’emplois et de recettes fiscales. L’enjeu, pour vous élu·e ou technicien·ne, est de disposer d’une base objective pour hiérarchiser les investissements, arbitrer entre projets concurrents et anticiper les éventuels effets d’éviction sur d’autres secteurs économiques.
Capacité de charge touristique et seuils de saturation économique territoriale
À côté des modèles macro‑économiques, la notion de capacité de charge touristique introduit une contrainte essentielle : celle des limites physiques, sociales et environnementales des territoires. Inspirée de l’écologie, elle désigne le nombre maximal de visiteurs qu’un espace peut accueillir sans dégradation irréversible de ses ressources, ni détérioration de l’expérience touristique et de la qualité de vie des habitants. Les cas de Venise, de Barcelone ou encore des calanques de Marseille montrent que le dépassement durable de cette capacité entraîne des coûts économiques cachés : fuite des résidents, tension sur le marché locatif, dégradation du patrimoine, perte d’image.
Sur le plan strictement économique, dépasser les seuils de saturation se traduit souvent par un rendement décroissant du tourisme local : au-delà d’un certain volume de fréquentation, chaque touriste supplémentaire rapporte moins et coûte plus (gestion des déchets, police municipale, entretien accéléré des infrastructures). Plusieurs destinations françaises expérimentent désormais des systèmes de quotas, de réservations obligatoires ou de tarification différenciée pour lisser les flux dans le temps et dans l’espace. Pour un territoire, l’enjeu n’est donc plus seulement d’attirer toujours plus de visiteurs, mais de trouver son « optimum touristique », c’est‑à‑dire le niveau de fréquentation qui maximise les retombées économiques tout en préservant les ressources et l’acceptabilité sociale.
Création d’emplois directs, indirects et induits dans l’écosystème touristique
Emplois saisonniers versus emplois pérennes dans l’hôtellerie-restauration
Le tourisme est l’un des secteurs les plus intensifs en main‑d’œuvre, mais aussi l’un des plus marqués par la saisonnalité. Dans l’hôtellerie‑restauration, 30 à 40% des contrats peuvent être saisonniers dans les zones littorales et de montagne, avec des pics encore plus élevés dans certaines stations balnéaires. Ces emplois saisonniers présentent un double visage : ils constituent une opportunité d’insertion pour les jeunes et les travailleurs peu qualifiés, mais restent souvent précaires, peu rémunérés et soumis à des conditions de travail contraignantes.
Comment transformer cette saisonnalité en atout pour le développement économique local ? Plusieurs territoires ont engagé des stratégies de « tourisme quatre saisons » (événements culturels hors été, tourisme d’affaires, bien‑être, sport) permettant de lisser l’activité et de stabiliser une partie des emplois. Dans les Alpes, certaines stations ont ainsi réussi à convertir une part de leurs contrats saisonniers en CDI en développant des offres de tourisme estival, de séminaires et de télétravail en altitude. Pour les collectivités et intercommunalités, l’accompagnement des entreprises dans la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences devient un levier clé pour sécuriser les parcours professionnels.
Qualification professionnelle et montée en compétences des métiers du tourisme
La montée en gamme des destinations et l’exigence croissante des clientèles tirent vers le haut la qualification professionnelle dans les métiers du tourisme. Langues étrangères, marketing digital, gestion de la relation client, éco‑gestes, accessibilité : les compétences attendues ne cessent de se diversifier. Selon France Compétences, plus de 60 000 personnes suivent chaque année une formation initiale ou continue liée aux métiers du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration, avec une demande accrue pour les modules liés au numérique et au tourisme durable.
Pour les territoires, investir dans la formation n’est pas une simple dépense, mais un véritable investissement économique. Des dispositifs comme « Trajectoires Tourisme » en Auvergne‑Rhône‑Alpes ou les programmes régionaux d’accompagnement aux certifications qualité permettent aux professionnels de monter en compétences et de mieux capter la valeur créée. On observe d’ailleurs que les destinations qui structurent une offre de formation continue voient leur taux de rotation du personnel diminuer et leur satisfaction client augmenter, ce qui se traduit in fine par des retombées économiques locales plus stables.
Coefficients d’emploi par euro investi dans les infrastructures touristiques
Pour objectiver l’impact en termes d’emplois, de nombreux études utilisent des coefficients d’emploi : ils indiquent le nombre d’emplois créés ou maintenus pour un million d’euros de chiffre d’affaires touristique ou d’investissement. En France, ces ratios varient généralement entre 10 et 25 emplois par million d’euros selon les segments (hébergement de plein air, hôtellerie, loisirs, culture, etc.). L’hôtellerie‑restauration, très intensive en main‑d’œuvre, présente des coefficients nettement supérieurs à ceux d’autres secteurs comme l’industrie manufacturière.
Lorsqu’une collectivité engage, par exemple, 5 millions d’euros dans la réhabilitation d’un site patrimonial à vocation touristique, elle peut estimer – sur la base de ces coefficients – le volume d’emplois indirectement soutenus sur le territoire sur 10 à 15 ans. Cet exercice, que l’on peut rapprocher d’une analyse coût‑bénéfice, permet de comparer différentes options d’investissement. C’est aussi un argument puissant pour mobiliser des partenaires privés ou des financements européens (FEDER, LEADER) en démontrant la capacité du projet à générer des emplois non délocalisables.
Externalités positives sur les secteurs connexes : BTP, transport, commerce
L’impact du tourisme sur l’emploi dépasse largement le périmètre strict des activités touristiques. On parle alors d’externalités positives sur les secteurs connexes comme le BTP, le transport ou le commerce de détail. La rénovation d’un hôtel ou la création d’un centre d’interprétation du patrimoine génèrent une commande directe pour les entreprises de construction locales. Les chiffres de la Fédération Française du Bâtiment montrent que, dans certaines régions très touristiques, jusqu’à 15% du chiffre d’affaires local du BTP est lié, directement ou indirectement, à des projets touristiques.
De même, l’amélioration de la desserte ferroviaire ou la mise en place de services de mobilité douce (navettes électriques, vélos en libre‑service) bénéficient autant aux résidents qu’aux visiteurs. Les commerces de centre‑ville profitent d’un flux accru de clientèle, mais aussi de la requalification de l’espace public souvent justifiée par l’attractivité touristique. Pour vous, collectivité, il est crucial d’intégrer ces effets indirects dans l’analyse des projets : un investissement touristique bien conçu devient un catalyseur de développement pour l’ensemble du tissu économique local.
Dynamiques d’investissement privé et financement participatif territorial
Au‑delà des budgets publics, le développement touristique local repose de plus en plus sur des dynamismes d’investissement privé et sur des montages hybrides. Hôteliers indépendants, groupes intégrés, foncières spécialisées, fonds d’investissement à impact : les profils d’investisseurs se diversifient, avec un intérêt croissant pour les projets à forte dimension patrimoniale ou environnementale. Des exemples comme la Chartreuse de Neuville ou la Manufacture royale de Lectoure illustrent cette tendance : la combinaison de capitaux privés, de subventions publiques et de mécénat permet de réhabiliter des sites emblématiques tout en créant de nouvelles activités économiques.
Le financement participatif territorial (crowdfunding, titres participatifs, parts sociales) s’impose également comme un levier stratégique pour impliquer directement les habitants et la diaspora d’un territoire. Des plateformes spécialisées dans l’immobilier touristique ou l’économie sociale et solidaire permettent aux citoyens de co‑financer des hôtels, des écolodges, des tiers‑lieux ou des équipements culturels, souvent à partir de quelques centaines d’euros. Pour les porteurs de projet, cette démarche offre un double avantage : diversifier les sources de financement et tester l’adhésion du marché local. Pour les collectivités, c’est un moyen d’ancrer davantage les projets dans le territoire et de partager la valeur créée.
Valorisation du patrimoine culturel et monétisation des ressources endogènes
Le patrimoine culturel – bâti, immatériel, paysager – constitue l’une des principales ressources endogènes des territoires. L’enjeu n’est plus seulement de le préserver, mais de le valoriser économiquement sans l’épuiser. Musées, circuits de visite, événements, médiation numérique, hébergements de caractère : autant de formes de monétisation qui, bien conçues, permettent de financer l’entretien du patrimoine tout en générant des revenus pour les acteurs locaux. En France, la fréquentation des sites culturels payants a retrouvé voire dépassé ses niveaux d’avant‑crise, avec une hausse marquée des recettes billetterie et boutique dans les monuments historiques les mieux valorisés.
Cette monétisation repose de plus en plus sur des expériences immersives et sur la co‑création avec les habitants : visites guidées par des « greeters », ateliers artisanaux, dégustations chez le producteur, résidences d’artistes ouvertes au public. En encourageant ces formes de tourisme expérientiel, les territoires réussissent à capter une clientèle prête à dépenser davantage par séjour, tout en renforçant l’appropriation locale du patrimoine. La clé, pour vous, est de penser le modèle économique dès la conception des projets patrimoniaux : structure de coûts, tarification, diversification des revenus (événementiel, privatisations, produits dérivés), partenariats publics‑privés.
Clusters touristiques et écosystèmes d’innovation territoriale
Parcs naturels régionaux et stratégies de différenciation concurrentielle
Les Parcs naturels régionaux (PNR) illustrent parfaitement la façon dont un territoire peut structurer un véritable « cluster touristique » autour de ses ressources paysagères, culturelles et agricoles. Leur stratégie repose sur une différenciation claire : plutôt que de rivaliser sur le volume ou sur des infrastructures standardisées, ils misent sur la qualité, l’authenticité et la durabilité. Chartes paysagères, soutien aux circuits courts, hébergements labellisés, itinéraires de randonnée : ces outils créent un positionnement distinctif sur le marché du tourisme local et national.
Économiquement, les PNR fonctionnent comme des plateformes d’innovation territoriale, où collectivités, entreprises, associations et habitants co‑construisent des offres intégrées. Des études menées par la Fédération des PNR montrent que chaque euro public investi dans un parc génère entre 4 et 6 euros de retombées économiques sur le territoire, en particulier via les secteurs de l’hébergement, de la restauration et de l’artisanat. Pour les régions en quête de différenciation concurrentielle, s’inspirer de ces modèles – même hors label PNR – peut constituer un puissant levier de développement durable.
Labels qualité destination et certifications environnementales ISO 14001
Dans un contexte de concurrence accrue entre destinations, les labels qualité jouent un rôle croissant comme signaux de confiance auprès des clientèles et comme outils de structuration de l’offre. « Qualité Tourisme », « Station Verte », « Pavillon Bleu », « Ville et Pays d’art et d’histoire », ou encore les certifications environnementales de type ISO 14001 et EMAS contribuent à crédibiliser la démarche de développement durable d’un territoire. Ils impliquent généralement des audits réguliers, des plans d’amélioration continue et une mobilisation collective des acteurs économiques.
Au‑delà de l’image, ces labels ont un impact économique concret : ils permettent souvent de capter une clientèle à plus forte capacité de dépense, de réduire certains coûts (énergie, eau, déchets) grâce aux bonnes pratiques environnementales, et de mieux répondre aux exigences des tour‑opérateurs internationaux. Plusieurs études de cas montrent que des hébergements certifiés ISO 14001 ou Ecolabel européen enregistrent un taux d’occupation supérieur de 5 à 10 points par rapport à leurs concurrents non labellisés, à offre comparable. Pour un territoire, encourager et accompagner la labellisation (ingénierie, co‑financement des audits, mutualisation des outils) revient donc à investir dans sa compétitivité à long terme.
Plateformes numériques collaboratives et économie de partage locale
Les plateformes numériques ont profondément transformé l’écosystème touristique local, en facilitant la rencontre entre l’offre et la demande, mais aussi en faisant émerger une véritable économie de partage. Au‑delà des grands acteurs mondiaux, de nombreuses solutions territorialisées se développent : places de marché locales, applications de découverte augmentée, plateformes de réservation d’activités gérées par les offices de tourisme, etc. Elles permettent aux petites structures (guides indépendants, producteurs, artisans) de gagner en visibilité et d’accéder directement à la clientèle, sans passer par des intermédiaires coûteux.
Lorsqu’elles sont conçues de manière collaborative – par exemple en s’appuyant sur les données ouvertes de DATAtourisme ou sur les outils de France Tourisme Observation – ces plateformes deviennent des biens communs numériques au service du territoire. Elles facilitent la gestion des flux (informations en temps réel sur la fréquentation, réservation obligatoire de certains sites sensibles), mais aussi la collecte de données précieuses pour le pilotage économique (profil des clientèles, panier moyen, saisonnalité). Pour vous, acteur local, la question n’est plus de savoir s’il faut aller vers le numérique, mais comment le faire en conservant la maîtrise des données et en maximisant les retombées pour l’économie locale.
Synergies inter-filières : agrotourisme, œnotourisme et circuits courts
Les synergies inter‑filières constituent l’un des moteurs les plus puissants de la création de valeur locale. L’agrotourisme, l’œnotourisme ou encore les circuits courts alimentaires articulent de manière vertueuse agriculture, gastronomie, hébergement et loisirs. En Nouvelle‑Aquitaine, l’œnotourisme représente ainsi plusieurs millions de nuitées par an et contribue significativement aux ventes directes de vin au domaine. De même, en Bretagne ou en Provence, les fermes auberges, les visites de fromageries ou d’huileries et les marchés de producteurs deviennent des étapes incontournables de l’expérience touristique.
Pour les territoires ruraux ou périurbains, ces approches offrent un double bénéfice : diversifier les revenus des agriculteurs et artisans, et proposer aux visiteurs une expérience authentique à forte dimension éducative. C’est un peu comme si chaque exploitation devenait à la fois une « salle de classe » et une « vitrine » du territoire. En structurant des itinéraires thématiques, en formant les agriculteurs à l’accueil et en travaillant la mise en marché (réservation en ligne, pass découverte, storytelling), vous pouvez transformer ces initiatives dispersées en véritable produit touristique intégré, générateur de retombées économiques durables.
Indicateurs de performance économique et tableaux de bord territoriaux
PIB touristique territorial et comptes satellites du tourisme régional
Mesurer précisément l’impact économique du tourisme suppose de dépasser les seuls indicateurs de fréquentation pour s’intéresser à la richesse effectivement créée sur le territoire. C’est tout l’enjeu des comptes satellites du tourisme (CST), développés au niveau national et déclinés progressivement à l’échelle régionale. Ils permettent d’isoler, au sein du PIB, la part directement imputable aux dépenses touristiques, en croisant les données de consommation, de production et d’emploi.
De plus en plus de régions françaises élaborent ainsi un PIB touristique territorial, qui sert de référence pour le pilotage des politiques publiques. En combinant ces données avec des indicateurs sociaux (qualité de l’emploi, saisonnalité, niveau de qualification) et environnementaux (empreinte carbone, consommation de ressources), vous pouvez construire une vision réellement intégrée du développement touristique. L’objectif n’est pas seulement de « faire du chiffre », mais de s’assurer que la croissance touristique contribue effectivement au bien‑être des habitants et à la résilience de l’économie locale.
Taux d’occupation hôtelière et revenus par chambre disponible (RevPAR)
Au niveau micro‑économique, deux indicateurs font office de baromètres pour les hébergeurs et les destinations : le taux d’occupation et le RevPAR (Revenue per Available Room, ou revenu par chambre disponible). Le premier mesure la part de chambres louées sur une période donnée, tandis que le second intègre à la fois le taux d’occupation et le prix moyen, offrant une vision plus fine de la performance. Une destination peut ainsi afficher un taux d’occupation modéré mais un RevPAR élevé si elle a réussi à monter en gamme et à augmenter ses prix sans perte de clientèle.
Pour un office de tourisme ou une collectivité, le suivi de ces indicateurs – idéalement par segment (haut de gamme, économique, plein air, hébergements alternatifs) – permet d’ajuster la stratégie de promotion, de mieux cibler les clientèles et d’identifier les périodes de sous‑utilisation des capacités. L’enjeu est de passer d’une logique de remplissage à tout prix à une logique de valeur par nuitée. Une question clé à vous poser pourrait être : vaut‑il mieux accueillir 10% de touristes en plus, ou augmenter de 10% la dépense moyenne par visiteur grâce à une offre enrichie ?
Analyse coûts-bénéfices des politiques publiques touristiques locales
Les politiques publiques touristiques mobilisent des ressources financières importantes : aides à l’investissement, campagnes de promotion, aménagements d’espaces publics, soutien aux événements. Comment s’assurer que chaque euro investi produit un maximum de retombées économiques et sociales ? L’analyse coûts‑bénéfices (ACB) offre un cadre méthodologique pour comparer différentes options d’action publique, en monétarisant autant que possible les effets directs, indirects et externes (positifs et négatifs).
Dans le domaine du tourisme, l’ACB peut intégrer des éléments aussi variés que les recettes fiscales supplémentaires, les emplois créés, la valorisation du patrimoine, mais aussi les coûts environnementaux ou les nuisances pour les habitants. De plus en plus de collectivités recourent à ces approches, parfois avec l’appui d’agences d’urbanisme ou de cabinets spécialisés, pour objectiver des choix parfois sensibles (subvention d’un festival, construction d’un centre de congrès, régulation des meublés de tourisme). Pour vous, l’enjeu est de disposer d’outils d’aide à la décision transparents, partageables avec les élus, les acteurs économiques et les citoyens.
Mesure de la contribution fiscale : taxe de séjour et retombées TVA
Enfin, la contribution fiscale du tourisme constitue un indicateur central pour évaluer son poids dans les finances locales. La taxe de séjour, collectée sur les nuitées payantes, représente une ressource en forte croissance pour de nombreuses communes et intercommunalités : en France, son produit est passé d’environ 300 millions d’euros en 2015 à plus de 600 millions d’euros récemment, avec une marge de progression importante liée à la régulation des plateformes de location de courte durée. Bien pilotée, cette taxe permet de financer les actions de promotion, d’accueil, d’entretien des espaces publics et d’investissements structurants.
À cette ressource spécifique s’ajoutent les retombées de TVA et d’autres impositions locales (CFE, CVAE, droits de mutation) générées par l’activité touristique. Même si ces recettes ne sont pas toujours fléchées vers le tourisme, les intégrer dans le tableau de bord territorial permet de mieux argumenter sur l’intérêt économique du secteur. De plus en plus de collectivités mettent en place des observatoires fiscaux du tourisme, croisant données de fréquentation, de recettes et d’investissements. Cette approche vous permet de répondre à une question souvent posée au niveau local : « combien le tourisme nous coûte‑t‑il vraiment, et combien nous rapporte‑t‑il ? » en apportant des éléments chiffrés, objectivés et partageables.